Dans les messages de santé publique, les fruits et légumes sont pratiquement toujours considérés comme un tout, comme en témoigne la répandue : « Manger 5 fruits et légumes par jour ». Pour plus d’efficacité, devrait-on les cibler distinctement lors de stratégie de changement de comportement? Une étude publiée dans le Journal of The American Dietetic Association en 2002 fournit quelques éléments de réponse à cette question.
Les chercheurs se sont basés sur le modèle de changement transthéorique de Prochaska, Norcross et DiClemente. Ce modèle décline le processus de changement de comportement en ses différentes étapes (pour en savoir plus, consultez l’article écrit par le Bureau à ce sujet ). À la suite de diverses analyses, 1438 hommes et femmes de 18 à 24 ans provenant de 10 États américains ont été classés dans l’une des trois catégories de changement de comportements suivantes, et ce, de façon distincte pour les fruits et les légumes :
- Précontemplation, s’ils consommaient moins de 2 fruits ou moins de 3 légumes par jour et qu’ils n’avaient pas l’intention d’augmenter leur consommation au cours des 6 mois à venir.
- Contemplation-préparation, s’ils consommaient moins de 2 fruits ou moins de 3 légumes par jour, mais qu’ils pensaient à augmenter leur consommation au cours des 6 mois à venir.
- Action-maintien, s’ils consommaient au moins 2 fruits ou au moins 3 légumes par jour.
En parallèle, les participants ont été évalués sur le plan psychosocial, plus spécifiquement sur leur sentiment d’auto-efficacité, sur les bénéfices perçus et sur les barrières à une augmentation de la consommation de fruits et de légumes. Des variables sociodémographiques, des habitudes alimentaires (fréquence du déjeuner et des repas de malbouffe) et la satisfaction à l’égard du poids ont également fait partie de l’analyse.
Parmi les résultats, mentionnons :
- Peu de concordance dans les intentions de changement. Autrement dit, les participants ayant l’intention d’augmenter leur consommation de fruits ne pensaient pas nécessairement à en faire autant pour les légumes, par exemple.
- Une plus grande proportion d’hommes que de femmes à l’étape de précontemplation, et ce, tant pour la consommation de fruits que de légumes.
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Fruits |
Légumes |
| |
Hommes |
Femmes |
Hommes |
Femmes |
| Précontemplation |
24 % |
12 % |
36 % |
21 % |
| Contemplation-préparation |
30 % |
38 % |
43 % |
59 % |
| Action-maintien |
46 % |
21 % |
21 % |
20 % |
- Les hommes ayant dépassé l’étape de précontemplation pour la consommation de fruits se distinguaient par deux caractéristiques : ils percevaient davantage de bénéfices à l’adoption du comportement et avaient un plus grand sentiment d’auto-efficacité.
- Les hommes et les femmes ayant dépassé l’étape de précontemplation pour la consommation de légumes se distinguaient également par le fait qu’ils percevaient davantage de bénéfices.
- Les hommes et les femmes ayant dépassé les étapes de contemplation-préparation pour atteindre celles d’action-maintien se distinguaient quant à eux par un plus grand sentiment d’auto-efficacité.
De leurs résultats, les chercheurs dégagent les constats suivants :
- Pour une plus grande efficacité, les interventions de changement de comportements devraient être distinctes pour :
- les fruits et de légumes, puisqu’ils impliquent des systèmes de changement de comportement différents;
- les hommes et les femmes, qui semblent vivre différemment le processus de changement de comportement.
- Les jeunes hommes représentent un défi considérant qu’ils sont plus nombreux à être en précontemplation. Les faire progresser au-delà de ce stade impliquerait de miser sur la perception des bénéfices (le côté pratique, le coût, l'accessibilité, etc.) et de leur donner davantage confiance en leur capacité d’intégrer plus de légumes et de fruits à leur menu.
Par Geneviève Beauregard