Une étude publiée la semaine passée a remis en question le lien entre la prévention du cancer et la consommation de fruits et légumes. Des certitudes ont été ébranlées. Des débats s’en sont suivis, dont celui sur la communication nutritionnelle adressée à la population. Une réflexion s’amorce pour certains, se poursuit pour d’autres.
L’étude1 en question relate le travail de 50 chercheurs qui ont observé, pendant neuf ans, les habitudes alimentaires de près de 500 000 individus de 10 pays européens. La conclusion : l’effet protecteur de la consommation globale de fruits et légumes sur le cancer est très faible, contrairement à ce que l’on soutenait jusqu’à maintenant.
À cette conclusion, largement diffusée dans les médias, la population pourrait réagir avec un agacement : Un jour on nous dit blanc et le lendemain, noir. À cela, on pourrait répondre que c’est le propre de la science d’évoluer. Comme l’explique Ariel Fenster, dirigeant de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill, la science, c’est une progression vers une meilleure compréhension des facteurs qui nous affectent, sur des bases de données de plus en plus fiables. Ainsi, nuance et prudence s’imposent dans la communication à la population de connaissances scientifiques. Précautions qui ne sont pas toujours prises, notamment dans les médias, étant donné l’espace d’expression qui leur est dévolu et l’urgence de faire paraître la nouvelle.
Assiste-t-on à une remise en question de l’utilisation des arguments santé? Une riposte à la « médicalisation » de l’alimentation?
Marie-Claude Lortie, chroniqueuse et critique culinaire à La Presse, défend une vision de l’alimentation axée sur le plaisir et non la santé. Elle est d’avis que le discours global doit changer. Mangeons des fruits et des légumes parce que c’est beau, c’est frais, c’est savoureux.
Jean-Pierre Poulain, sociologue, propose dans son livre Manger aujourd’hui - Attitudes, normes et pratiques2, un discours pluriel, mais à certaines conditions. La « médicalisation » de l’alimentation n’est pas problématique en soi tant que le nutritionnel ne devient pas dominant et n’éclipse pas les autres univers alimentaires, soit le goût, l’identité et la sociabilité. Cette idée transparaît d’ailleurs tout à fait dans la Vision de la saine alimentation récemment proposée par le ministère de la Santé et des Services Sociaux, où l’alimentation est vue à la fois comme un acte vital, de plaisir et social.
Sur ce, les discussions sont ouvertes.
Ils en ont parlé
Par Geneviève Beauregard et Irène Langis
Références
- Boffetta, P., Couto, E., Wichmann, J., Ferrari, P., Trichopoulos, D., Bueno-de-Mesquita, H.B., et al. Fruit and Vegetable Intake and Overall Cancer Risk in the European Prospective Investigation Into Cancer and Nutrition (EPIC). Journal of the National Cancer Institute 6 avril 2010.
- Poulain, J.-P. Manger aujourd'hui. Attitudes, normes et pratiques. Éditions Privat; 2002.