Bureau de soutien à la communication en santé publique

 
 
 
DOSSIER SPÉCIAL
Littératie en santé

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L'ABC de la littératie

Dépliants, revues, sites Web, prescriptions médicales, les sources d’information en santé sont certes nombreuses, mais sont-elles comprises? En fait, selon l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes 2003, les deux tiers des adultes québécois (66 %) n’ont pas le niveau de littératie nécessaire pour prendre soin adéquatement de leur santé. Cette situation touche 61 % des 16 à 65 ans et 95 % des personnes âgées de plus de 65 ans1.

Littératie en santé d’un bout à l’autre du Québec

D’une région du Québec à l'autre, le portrait de la littératie en santé varie considérablement. Par exemple, dans la Capitale-Nationale, c’est 63 % de la population qui n’atteint pas le niveau adéquat pour prendre soin adéquatement de sa santé. Dans la région de la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine, cette proportion grimpe à 77 %1.


Carte grand format

La littératie en 5 niveaux

On compte cinq niveaux de littératie :
•    Niveau 1 : difficulté à lire un texte simple et à utiliser de la documentation écrite.
•    Niveau 2 : faibles aptitudes en lecture se limitant à utiliser de la documentation simple.
•    Niveau 3 : capacité à utiliser de la documentation écrite.
•    Niveaux 4 et 5 : capacité à combiner diverses sources d’information et à résoudre des problèmes d’une certaine complexité3.

Pour Statistique Canada, le niveau 3 est considéré comme le seuil minimal de compétence nécessaire pour faire face aux exigences de la vie moderne dans un pays industrialisé, de façon autonome et fiable3.
Littératie en santé : une définition

En matière de promotion de la santé, la littératie en santé comporte les habiletés cognitives et sociales déterminant la motivation et la capacité des individus à accéder, à comprendre et à utiliser l’information, de manière à prendre des décisions pour promouvoir et maintenir une bonne santé4,5. Autrement dit, la littératie en santé traduit les interactions qu’un individu a avec d’autres individus dans différents contextes de santé5.  Le degré de littératie d’un individu dépend à la fois de son potentiel inné et de compétences acquises6.

L’évaluation de la littératie

On évalue le niveau de littératie d’un individu à partir de 200 tâches se rapportant à l’un ou l’autre des quatre domaines de compétences suivants :
1.    La compréhension de textes suivis d’une brochure, d’un article de journal ou sur le Web par exemple.
2.    La compréhension de contenus schématiques d’un tableau ou d’un diagramme par exemple.
3.    La numératie, soit la capacité d’interpréter les chiffres pour effectuer des tâches simples.
4.    La résolution de problème, soit la capacité à prendre des mesures concrètes pour effectuer une tâche pour laquelle il n’y a pas de procédure à suivre déterminée7.

Parmi l’ensemble des tâches évaluées, plusieurs ont trait à la santé et réfèrent à l’une ou l’autre de ces 5 catégories :
1.    La promotion de la santé, soit la capacité d’améliorer et de maintenir sa santé.
2.    La protection de la santé, soit la capacité de préserver la santé individuelle et collective.
3.    La prévention des maladies, soit la capacité de prendre des mesures préventives et procéder à des détections précoces.
4.    Les soins de santé, soit la capacité de solliciter des soins.
5.    La compréhension des systèmes, soit la capacité d’accéder aux services de santé nécessaires8.
Impact sur la santé

Tous les jours ou presque, des décisions ou des gestes santé s’imposent : prendre des suppléments de vitamine D ou comparer différentes marques de craquelins pour dénicher les meilleurs pour la santé, etc. La littératie en santé s’avère critique pour la prise en charge, au sens large, de sa santé et de celle de sa famille4.

Plus le niveau de littératie d’une personne est élevé, meilleure est sa santé9. Comparativement aux Canadiens de niveaux de littératie 4 et 5, ceux de niveau 3 ou moins sont 2,5 fois plus susceptibles de considérer leur santé comme étant moyenne ou mauvaise3. Au-delà de cette perception, diverses études ont démontré une association entre une faible capacité de lecture et une moins bonne santé physique et mentale d’une part, et une plus faible adoption de comportements favorables à la santé3 d’autre part. Un faible niveau de littératie est également associé à un taux de mortalité plus élevé, ainsi qu’un revenu plus bas et une moindre qualité de vie3,10.

Que peut-on faire?

La littératie en santé est essentielle à la promotion de la santé. La population canadienne démontrant des faiblesses à cet égard, le Groupe d’experts sur la littératie en matière de santé réclame une stratégie nationale visant à hausser les niveaux de littératie en santé de la population pour l’aider à mieux assimiler l’information sanitaire10.

Visées ambitieuses? Probablement. Or, au chapitre des communications, il est certainement possible de mettre la main à la pâte pour simplifier davantage les messages destinés à la population. À cet égard, voici quelques pistes d’action générales répertoriées dans divers documents phares3,4,10 :

  • clarifier et simplifier davantage les communications écrites et orales en santé;
  • sensibiliser les professionnels travaillant auprès des individus et de la population à la problématique;
  • encourager les praticiens et professionnels de la santé à devenir des agents de changement;
  • être particulièrement vigilant à l’égard des populations les plus susceptibles d’avoir un faible niveau de littératie, notamment les aînés, les nouveaux arrivants et les personnes peu scolarisées.

Selon un sondage réalisé en 2007, près du tiers des professionnels de la santé n’avait jamais entendu parler de « littératie »3,10. C’est dire le chemin qu’il reste à parcourir! Nous vous proposons donc ce dossier.


Références
  1. Statistique Canada. Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA).  2003.  Calculs faits par le Conseil canadien sur l'apprentissage.
  2. Shohet, L. Literacy: More than words can say. Le centre d'alphabétisation du Québec; 2009.
  3. Rootman, I., Gordon-El-Bihbety, D. Vision d'une culture de la santé au Canada : Rapport du Groupe d'experts sur la littératie en matière de santé.  Association canadienne de santé publique; 2008.
  4. Nutbeam, D. The evolving concept of health literacy. Social Science & Medecine 2008;67:2072-8.
  5.  Rootman, I., Kaszap, M., Frankish, J. La littératie en santé : un concept en émergence. Promotion de la santé au Canada et au Québec : perspectives critiques, 2e édition. Les presses de l'Université; 2006. p. 81-97.
  6. Nielsen-Bohlman, L., Panzer, A.M., Kinding, D.A., Committee on Health Literacy BoNaBH. Health Literacy: A Prescription to End Confusion. Institute of Medicine of the National Academies; 2004.
  7. Brink, S., Direction de la politique sur l'apprentissage. Enquête sur la littératie et les compétences des adultes (ELCA) de 2003. Principaux résultats et répercussions pour RHDCC.  2005.  Ressources humaines et Développement des compétences Canada.
  8. Conseil canadien sur l'apprentissage. Littératie en santé au Canada : Résultats initiaux de l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes. 2007.
  9. Murray, S., Rudd, R., Kirsch, I., Yamamoto, K., Grenier, S. Littératie en santé au Canada : Résultats initiaux de l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes. Ottawa : Conseil canadien sur l'apprentissage; 2007.
  10. Association canadienne de santé publique. Priorités d'action : résultats du Colloque national sur la littératie en santé.  2008.

Collaborateurs-experts consultés

Chantale Audet, agente de planification, de programmation et de recherche,
Unité développement et adaptation des personnes
Institut national de santé publique du Québec

Marc Lachance, directeur - Rapport et suivi
Conseil canadien sur l'apprentissage


Par Geneviève Beauregard
Collaboration à la recherche : Gabrielle Fontaine-Giroux, stagiaire


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Commentaires

Par Ginette Boutet éducatrice spécialisée au primère
Le 2 juillet 2010 à 23:07
J’ajouterais ceci :
Je crois que de donner des cours de secourisme en débutant par la maternelle et le primaire puis secondaire, serait le meilleur moyen d'augmenter le niveau de littératie parmi la population (rapidement) et serait une excellente formation a l'éducation civique.

Par Olivier Spéciel
Le 23 juin 2010 à 10:08
J’ajouterais ceci :
Merci.
Je ne puis que souhaiter que nos bibliothèques et centres de documentation aient les moyens de diffuser vos recherches.

Par Geneviève Beauregard
Le 16 juin 2010 à 08:57
J’ajouterais ceci :
@Nicole Damestoy
Les pourcentages comprennent effectivement les individus aux niveaux 1 et 2 seulement. Nous voulions ainsi mettre en évidence ceux qui n'atteignent pas le niveau minimal pour fonctionner adéquatement selon Statistique Canada.

Par Nicole Damestoy
Le 15 juin 2010 à 14:06
Je me questionne :
Très beau dossier, Merci. Une question cependant: dans la cartographie, je ne suis pas sure de comprendre (ma litteratie!!): Le % représente bien la proportion de gens au niveau 1 et 2 seulement n'est-ce pas ? ( moins du niveau 3) ou est-ce que ça inclut le niveau 3 aussi (niveau 3 et moins).
SVP valider mon interprétation, merci.

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