Communiquer pour encourager le changement de comportement implique de bien connaître les personnes visées, notamment leurs représentations, motivations et croyances en regard du changement concerné. Malgré l’épidémie d’obésité, on en sait peu sur les personnes obèses, selon une équipe de chercheurs australiens. En outre, les études réalisées à ce jour se sont intéressées aux personnes obèses sans égard à leur degré d’obésité, déplorent-ils. Ces chercheurs ont récemment publié une étude dans le International Journal of Environmental Research and Public Health qui permet de dresser un portrait des personnes obèses et sévèrement obèses.
141 Australiens ont participé à cette étude qualitative : 105 femmes et 36 hommes âgés de 19 à 75 ans. De ce nombre, 62 % étaient obèses (IMC entre 30 et 39,9) et la balance, 38 %, sévèrement obèses (IMC de 40 et plus). D’avril 2008 à mars 2009, ils ont été interrogés par téléphone pendant 60 à 90 minutes, à l’aide de questions ouvertes visant à explorer leurs croyances quant aux causes de leur obésité, leur perception des risques physiques et mentaux, leurs intentions de perdre du poids et de changer leurs habitudes de vie, leurs tentatives passées et finalement, ce qui motive et freine le changement de comportement selon eux.
Cette étude fait partie d’une étude qualitative plus large intitulée Obesity Have Your Say menée à l’échelle de l’Australie et visant à explorer le vécu des personnes obèses, soit celles avec un IMC de 30 et plus.
Les propos recueillis des participants, qu’ils soient obèses ou sévèrement obèses, se rejoignent à certains égards, mais s’éloignent sur d’autres. Voici l’essentiel du portrait qui se dégage pour les deux types de participants.
Les participants obèses : sentiment d’auto-efficacité, mais conscience du risque faible
Parmi ces participants, peu se désignent clairement comme obèses. Plusieurs se disent gros (fat) ou « techniquement obèses ». D’autres disent être catégorisés obèses, mais ne pas se sentir comme tel.
Bien qu’ils acceptent une certaine part de responsabilité dans leurs habitudes de vie, plusieurs sont d’avis qu’une pression sociale et environnementale a joué dans leur gain de poids (manque d’équilibre dans leur vie, emploi sédentaire, etc.).
Ils ne considèrent pas que leur poids représente un risque immédiat pour leur santé bien qu’ils croient fermement qu’améliorer leurs habitudes de vie pourrait améliorer leur santé. Les participants obèses voient leur poids comme un aspect négatif de leur vie, qu’ils estiment heureuse et réussie autrement.
Les participants obèses se sentent capables d’améliorer leurs habitudes de vie et de perdre du poids. Pour eux, le sentiment de responsabilité ainsi que la pression sociale à être plus mince sont des facteurs motivants. À l’inverse, les échecs dans les tentatives de perte du poids réduisent la motivation et le sentiment efficacité personnelle.
Les participants sévèrement obèses : résignation et sentiment d’impuissance
Contrairement aux participants obèses, ceux sévèrement obèses parlent d’eux-mêmes en employant le terme médical d’obèse. Certains se décrivent même de manière stéréotypée en se disant gourmands, paresseux, stupides, indisciplinés, non motivés. La plupart des participants se décrivant ainsi se sentent coupables et se voient comme unique responsable de leur obésité.
Les croyances qu’entretiennent les participants sévèrement obèses à propos de leur santé diffèrent notablement de celles des participants obèses. Pour eux, leur obésité présente un risque sérieux et immédiat pour leur santé. Leur discours exprime, parfois avec fatalisme, l’impact inévitable qu’aura leur poids sur leur santé et sur la réduction de leur espérance de vie. Également, selon leurs dires, toutes les sphères de leur vie sont gâchées par leur obésité.
Le problème leur paraissant insurmontable, ils se sentent incapables de perdre du poids, ni même d’améliorer leurs habitudes de vie. Bien que les risques pour la santé demeurent leur principale motivation à perdre du poids, ils n’entretiennent que de très faibles attentes quant au fait que changer leurs comportements puisse améliorer leur santé.
Certains participants, obèses depuis l’enfance, se distinguaient toutefois. Se décrivant comme des « survivants », ils attribuaient leur surplus de poids à leurs gènes plutôt qu’à leurs habitudes de vie.
Frustration et isolement pour les uns et les autres
Au-delà de ces portraits spécifiques, les auteurs dégagent les résultats et constats suivants. Plus l’IMC des participants était élevé, plus ils se blâmaient pour leur obésité et croyaient mériter les conséquences de leurs mauvaises habitudes de vie.
Tant les participants obèses que ceux sévèrement obèses ont exprimé la frustration de ne pas être capables de perdre du poids. Également, ils reprochent aux professionnels de la santé de simplifier à outrance en affirmant que perdre du poids n’implique que manger moins et bouger plus. Ils ne se sentent pas soutenus par le système de santé, ce qui les a incite à se tourner vers des produits, services et moyens amaigrissants.
Les auteurs précisent en terminant les limites de leur étude. Les participants ne sont probablement pas tout à fait représentatifs de la population puisqu’ils ont décidé de leur propre chef de participer à l’étude et que l’échantillon de participants comprenait une proportion importante de femmes plus âgées. De plus, comme cette étude est qualitative, les résultats sont tributaires d’une certaine interprétation des chercheurs. Finalement, bien que les grands constats de cette étude soient instructifs pour nous, il convient de se rappeler que les données ont été récoltées dans un contexte différent du nôtre.
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Par Geneviève Beauregard