Discutons-en!
Avez-vous l’impression qu’à parler de saines habitudes de vie positivement, sans évoquer l’obésité ou les problèmes de poids, on perd tout impact?
Dans le contexte d’épidémie d’obésité où nous vivons, les messages sur ce sujet abondent : ceux informant sur les risques pour la santé, ceux encourageant les changements de comportement, etc. Parmi ceux-ci, il y a ceux de la santé publique. Comment ces messages sont-ils reçus par les personnes déjà aux prises avec l'obésité? Peu de choses étant connues sur le sujet, des chercheurs australiens se sont posé la question et ont récemment publié leurs résultats dans le BMC Public Health.
Que sait-on sur la communication des risques associés à l’obésité, notamment auprès des personnes obèses?
Selon les cadres théoriques socioculturels de la communication du risque, la réponse individuelle au risque est tributaire des expériences (stigmatisation par exemple) et des caractéristiques personnelles (sexe, âge, statut économique, profession, nationalité, identité sexuelle, etc.), de la confiance envers la source d’information, ainsi que du contexte social dans lequel les messages sont reçus, expliquent les auteurs dans leur revue de littérature.
Sur la communication des risques associés à l’obésité plus spécifiquement, on sait peu de choses selon eux. D’abord, on ne sait pas comment les personnes obèses interprètent et utilisent l’information populationnelle sur les risques d’obésité. L’impact de celle-ci sur la stigmatisation dont ils font l’objet n’est pas davantage documenté. Également, il y a peu d’évidence scientifique démontrant qu’être informé des risques associés à l’obésité accroît l’intention de perdre du poids.
L’étude
142 Australiens obèses ont été rencontrés : 106 femmes et 36 hommes de tous âgés de 19 à 75 ans. Ils ont été interviewés pendant 60 à 90 minutes en 2008 et 2009. Cette étude était intégrée dans une étude qualitative plus large intitulée Obesity Have Your Say menée à l’échelle du pays et visant à explorer le vécu des personnes obèses.
Commentaires et critiques sur les messages actuels
Voici essentiellement ce que les personnes interviewées avaient à dire sur les messages de santé publique ciblant l’obésité :
L’obésité = facteur de risque
La majorité des participants (82 %) s’entendent pour dire que l’obésité est un facteur de risque pour plusieurs problèmes de santé pour la population générale.
Trop d’importance est accordée aux risques et pas assez aux causes et aux solutions
Certains participants (25 % à 50 %) sont d’avis que d’insister sur les conséquences du surpoids, au détriment des causes et des solutions, pousse vers une solution rapide (un quick fix) aux effets souvent non démontrés. Plusieurs (50 % à 75 %) participants masculins ont souligné à ce propos le manque de messages orientés vers des solutions pratiques. Pour plusieurs (50 % à 75 %), en particulier pour ceux aux prises avec l’obésité la plus importante, un tel discours amplifie la culpabilité et la honte qu’ils ressentent par rapport à leur poids.
L’obésité est présentée comme un problème facile à régler
Pour certains participants (25 % à 50 %), les messages du type « manger moins et bouger plus » sont simplistes; ils font fi de la complexité de la problématique. Cette simplification pose un jugement moral selon eux, suggérant qu’ils sont paresseux et irresponsables. Face aux stéréotypes et aux messages simplistes véhiculés par plusieurs campagnes, ils se sentent isolés, différents et impuissants. Plusieurs participants (50 % à 75 %) ont en effet décrit leur longue bataille avec leur poids, souvent depuis l’enfance, leurs gains et leurs pertes.
Trop d’emphase est mise sur le poids
Pour plusieurs participants (50 % à 75 %), les messages de santé publique donnent à penser que l’obésité est l’unique contributeur à un piètre état de santé. Certains défendent que l’on devrait accorder autant d’importance aux autres facteurs contribuant à la santé, tels que le tabagisme, la consommation d’alcool et l’inactivité.
Ceux satisfaits de leur poids rejettent les messages de santé publique à propos de l’obésité
Ceux-ci discréditent les messages en défendant que, malgré l’augmentation du poids de la population, l’espérance de vie grimpe. Cet argument est le plus couramment utilisé, alors que d’autres sont méfiants quant aux motifs derrière les messages de santé publique et estiment que les risques de l’obésité sont exagérés.
Comment améliorer les messages?
À la lumière des résultats de cette étude, les auteurs recommandent de formuler les messages de la manière suivante :
Viser la santé à tout poids de manière concrète et non simpliste
Des solutions pratiques, pour bouger davantage au quotidien par exemple, devraient être proposées, et ce, pour tous les individus, quel que soit leur poids. Autrement dit, viser la santé à tout poids (health at every size).
Donner une tournure positive
Selon la grande majorité des participants, l’accent devrait être mis sur la santé et les bienfaits d’un mode de vie sain plutôt que le poids, l’IMC et les risques pour la santé. Les auteurs défendent à ce propos qu’il est possible d’être en santé et en surpoids (fit & fat), d’une part, et qu’il est ardu de maintenir une perte de poids, d’autre part.
Ne pas mettre tout le monde dans le même panier
Reconnaissant que les personnes obèses n’ont pas toutes le même état de santé et les mêmes habitudes de vie, les promoteurs de la santé publique devraient adapter leurs messages aux groupes particuliers à rejoindre. Dans le cas d’un message universel, une attention particulière s’impose pour éviter de stigmatiser ou de heurter certains groupes.
En terminant, les auteurs précisent les limites de leur étude. Les interviewés ne sont peut-être pas tout à fait représentatifs de la population puisqu’ils ont décidé de leur propre chef de participer à l’étude. Également, l’échantillon de participants comprenait une proportion importante de femmes plus âgées de statut socioéconomique élevé. De plus, comme cette étude est qualitative, les résultats sont tributaires d’une certaine interprétation des chercheurs. Finalement, bien que les grands constats de cette étude soient instructifs pour nous, il convient de se rappeler que les données ont été récoltées dans un contexte différent du nôtre.
Avez-vous l’impression qu’à parler de saines habitudes de vie positivement, sans évoquer l’obésité ou les problèmes de poids, on perd tout impact?
Par Geneviève Beauregard