L’intérêt de la santé publique pour la littératie en santé est relativement récent. En chef de file, le Canada s’est penché sur les divers aspects de la littératie, de la définition du concept à son application. Or, bien que les premières pierres soient posées, il reste du chemin à parcourir.
De l’alphabétisation à la littératie
Avant la littératie, il y avait l’alphabétisation. La Journée internationale de l’alphabétisation a été établie en 1965 par l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture). On la souligne désormais partout dans le monde le 8 septembre de chaque année1. Vingt-cinq ans plus tard, l’Assemblée générale des Nations Unies proclamait 1990 l’Année internationale de l’alphabétisation2.
L’alphabétisation se limite aux capacités à lire et à écrire, alors que la « littératie », néologisme créé par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), embrasse plus large3.
De grandes enquêtes internationales brossent le portrait
Plusieurs pays, dont le Canada, ont voulu savoir où en était leur population en matière d’alphabétisation. Deux vastes enquêtes internationales ont été réalisées :
L’
Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes (EIAA), menée de 1994 à 1998 par 22 pays, dont le Canada. Une publication internationale en a découlé :
Littératie et société du savoir4,5. Les résultats canadiens ont quant à eux donné lieu à deux rapports, respectivement intitulés
Littératie, économie et société et
Lire l’avenir : un portrait de l’alphabétisme au Canada.
L’
Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), réalisée en 2003. Onze pays y ont participé. Les résultats ont fait l’objet de plusieurs publications, dont celle intitulée
Littératie en santé au Canada, et celle, à l’échelle québécoise, intitulée
Développer nos compétences en littératie : un défi porteur d’avenir.
La littératie en santé : préoccupation de clinicien, puis de promoteur de la santé
La recherche sur la littératie en santé provient du domaine de l’éducation, le concept y ayant été abordé pour la première fois dans les années 1970. Une vingtaine d’années plus tard, ce sont les cliniciens qui s’y sont intéressés de manière à maximiser la relation soignant-soigné et à encourager le patient à suivre son plan de soins. C’est à la fin des années 1990 que la santé publique s’y intéresse dans un souci de promotion de la santé. Pour rallier des décideurs, des collectivités et des individus autour d’objectifs de santé et de bien-être, il faut pouvoir se faire comprendre et adapter son discours et ses outils en conséquence6.
Le Canada prend les devants
En 1994, le Canada prend les devants. En effet, l’Association canadienne de santé publique (ACSP) a créé le Programme national de littératie en santé. Un réseau de partenaires canadiens se tisse alors et permet la mise en place de services en santé pour les citoyens moins alphabétisés. L’ACSP organise également deux conférences, l’une en 2000 et l’autre en 2004, qui ont des retombées intéressantes, comme la formation d’un comité d’experts mandaté pour formuler des recommandations. Un rapport intitulé Vision d’une culture de la santé au Canada est publié en mars 20087.
Du concret pour la suite
Bien que l’on comprenne de mieux en mieux le concept de la littératie en santé, selon certains auteurs, des questions cruciales demeurent, dont celle-ci : le niveau de littératie en santé d’une personne peut-il être modifié par des interventions? Cette question en suspend témoigne de la nécessité de dépasser le stade du « concept » pour atteindre celui du « construit », comme le soulignent ces mêmes auteurs6.
Le groupe d’experts, dans la Vision d’une culture de la santé au Canada, lance d’ailleurs un appel à l’action. Ils recommandent la mise en œuvre d’une stratégie pancanadienne. Celle-ci devrait notamment être intégrée et plurielle, c’est-à-dire inclure de la communication, de la sensibilisation, du développement communautaire et organisationnel et de la recherche. Et, bien sûr, elle devra être déployée conjointement avec les initiatives déjà en cours7.
Références
- Ressources humaines et Développement des compétences Canada. Journée internationale de l'alphabétisation (8 septembre). 08/09/2007. Consulté en ligne le 17/12/2009.
- L'Organisation des Nations Unies proclame 1990 Année internationale de l'alphabétisation. 1er avril 1988.
- Bernèche, F., Perron, B. La littératie au Québec en 2003 : faits saillants, Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes. Québec: Institut de la statistique du Québec; 2003.
- Ressources humaines et Développement des compétences Canada. Document de base sur l'Enquête internationale sur l'alphabétisation des adultes (EIAA). 2003.
- Brink, S., Direction de la politique sur l'apprentissage. Enquête sur la littératie et les compétences des adultes (ELCA) de 2003. Principaux résultats et répercussions pour RHDCC. 2005. Ressources humaines et Développement des compétences Canada.
- Rootman, I., Kaszap, M., Frankish, J. La littératie en santé : un concept en émergence. Promotion de la santé au Canada et au Québec: perspectives critiques, 2e édition. Les presses de l'Université; 2006. p. 81-97.
- Rootman, I., Gordon-El-Bihbety, D. Vision d'une culture de la santé au Canada : Rapport du Groupe d'experts sur la littératie en matière de santé. Association canadienne de santé publique; 2008.
Collaborateurs-experts consultés
Chantale Audet, agente de planification, de programmation et de recherche,
Unité développement et adaptation des personnes
Institut national de santé publique du Québec
Marc Lachance, directeur - Rapport et suivi
Conseil canadien sur l'apprentissage
Par Geneviève Beauregard
Collaboration à la recherche : Gabrielle Fontaine-Giroux, stagiaire