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Manger en famille c'est nourrissant... sur tous les plans!

Publié le 22 juillet 2010

communication, repas-en-famille

Saviez-vous que?

  • Selon l’âge, jusqu’à la moitié des jeunes québécois écoute régulièrement la télévision en soupant.

  • La prévalence d’obésité est 40 % moindre chez les enfants qui mangent régulièrement en famille, dorment suffisamment et regardent peu la télévision.

« À table tout le monde! » Phrase anodine dites-vous? Or, prendre ses repas en famille est loin d’être une habitude banale. Manger régulièrement en famille est en effet associé à des bienfaits physiques, émotionnels, comportementaux, cognitifs et même langagiers, chez les enfants comme chez les adolescents.

Par conséquent, il est crucial de rappeler l’importance du repas en famille et de le valoriser, d’encourager les familles québécoises à le préserver sur une base régulière et d’en faire un moment de qualité.

Le repas en famille : en voie de disparition ou en transformation?

Prendre ses repas en famille ou non est une habitude tributaire, entre autres, du style de vie et des occupations des membres de la famille. Qu’en est-il dans les familles québécoises? Le repas familial semble tenir bon, puisque plus de 90 % des jeunes québécois âgés de 6 à 16 ans soupent la plupart du temps en famille, selon les plus récentes données sur le sujet1. Cependant, le contexte dans lequel celui-ci se déroule mérite notre attention, car certaines inquiétudes planent à propos du repas en famille. Il perd de son rituel et de sa structure, expriment certains experts. La famille compte en effet un nouveau convive, la télévision, un interlocuteur pour le moins loquace. Selon l’âge, jusqu’à la moitié (37 à 50 %) des jeunes québécois l’écoute régulièrement en soupant1,2.


Préoccupant constat, sachant que la télévision, en captant l’attention, diminue la qualité de la communication durant le repas3. Qui plus est, manger en écoutant la télévision favorise bien souvent la consommation d’aliments à faible valeur nutritive. Une étude réalisée auprès de jeunes québécois de 10 ans a en effet montré que cette habitude était associée à la consommation notamment de frites et de poutine, de croustilles, de crème glacée et autres sucreries, ainsi que de boissons sucrées. Manger devant la télévision était également relié à une moindre consommation de légumes crus et de pain à grains entiers4.

En outre, dans certaines maisonnées, le repas serait souvent le théâtre de querelles. De fait, 16 % des jeunes québécois de 4 ans vivent dans un ménage où il y a régulièrement des disputes au moment des repas. Il n’est donc pas étonnant de constater que près du tiers (31 %) des enfants de cet âge ne considère pas le repas comme un moment agréable2. Une mère canadienne sur cinq (21 %) considère quant à elle le repas du soir comme l’activité la plus stressante de la journée selon un sondage Léger Marketing réalisé en 20043. Dommage, puisque les repas demeurent une occasion privilégiée d’enrichir les liens entre les membres de la famille3.

Les bonnes habitudes alimentaires, ça se transmet à table!

Les jeunes qui mangent régulièrement en famille ont généralement de meilleures habitudes alimentaires5,6,7. Au contact des plus grands, les enfants élargissent leur répertoire alimentaire. Apprenant par imitation, ils ont envie de découvrir et de manger les aliments que leurs parents, frères et sœurs mangent. Ainsi, les enfants, tout comme les adolescents, consomment plus de fruits et légumes et moins d’aliments de faible valeur nutritive lorsqu’ils mangent régulièrement en famille6,7,8,9. Ces bonnes habitudes sont des atouts précieux et durables, puisqu’elles tendent à se poursuivre à l’âge adulte7,8.

Le fait de manger en famille est donc également associé à un moindre risque d’avoir un surplus de poids chez les enfants et les adolescents5,8. Chez les enfants d’âge préscolaire, une récente étude a démontré que la prévalence d’obésité était 40 % moindre chez ceux qui mangeaient régulièrement en famille, dormaient suffisamment et regardaient peu la télévision, par rapport aux enfants qui n’avaient pas une telle routine (pour en savoir plus : Trois habitudes de vie qui font une différence)10.

Manger ensemble pour favoriser la santé émotionnelle et comportementale

Dans le tourbillon de la vie quotidienne, le repas en famille, avec la routine qui le caractérise souvent, apporte une stabilité émotionnelle. Il permet également de perpétuer les traditions, de resserrer les liens et de développer un sentiment d’appartenance3,11. Dans ce contexte, l’enfant intègre des valeurs, des symboles et des normes propres à sa famille, notamment les règles de politesse à table3,12.  En interagissant et en observant les autres, il apprend à vivre en société et il forge sa personnalité3. Plus globalement, les repas en famille sont associés chez l’enfant à une bonne santé mentale et à un moindre risque de développer des problèmes de comportement11.

Pour les adolescents, le contexte sécurisant du repas est tout aussi bénéfique. C’est l’occasion d’échanger et d’entretenir une relation de confiance avec leurs parents et de se confier, au besoin6,8. Ceux qui mangent régulièrement en famille ont un moindre risque de fumer la cigarette, de consommer de la marijuana et de l’alcool8. En outre, ils seraient moins enclins à développer des troubles alimentaires tels que la boulimie ou l’anorexie13. Selon des données américaines, la majorité des adolescents (74 %) apprécient les repas en famille contrairement à la croyance populaire8.

Le repas est également une belle occasion d’apprendre à communiquer

Au repas, les enfants développent leur culture générale et apprennent à raconter des histoires, à suivre des conversations et à s’exprimer. Il a été démontré que ces acquisitions cognitives et langagières facilitent l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, ce qui pourrait même se traduire par de meilleurs résultats scolaires3,14,15.

Pour qu’un mangeur devienne compétent, il suffit de lui faire confiance

Selon la diététiste et psychologue américaine reconnue, Ellyn Satter, les enfants possèdent tout ce qu’il faut pour devenir des mangeurs compétents. Être un mangeur compétent, c’est manger une variété d’aliments nutritifs et y prendre plaisir, écouter ses signaux de faim et de satiété et aimer goûter à de nouveaux aliments. Cette spécialiste a développé une approche qui partage les responsabilités entre les parents et les enfants16 :

  • Les parents sont responsables du « quoi », « quand » et « où ». Ce sont les parents qui décident du choix des aliments, de la préparation des plats, de la structure des repas (l’heure, le lieu, le déroulement). Une fois le repas servi, la tâche des parents est terminée, les enfants se chargent du reste.
  • Les enfants sont responsables du « combien ». Parmi les  aliments offerts, ils choisissent lesquels ils vont manger et en quelle quantité.  Généralement, les enfants sont bien connectés sur leurs signaux de faim et de satiété. Ils mangent donc selon leurs besoins dictés en fonction de leur croissance et de leur niveau d’activité physique12.
Trucs de nutritionnistes pour des repas harmonieux

L’harmonie autour de la table est non seulement plus agréable pour tout le monde, mais elle favorise également le développement d’une relation saine avec les aliments ainsi que le développement des goût3. À cet égard, voici les principaux conseils de nutritionnistes travaillant auprès des jeunes et leurs familles12,17,18 :

  • Faire des repas un moment agréable exempt de distraction
    À table, on éteint téléviseur et radio et on opte pour des sujets de conversation positifs et inclusifs. Ce n’est pas l’endroit pour régler des conflits. Pour s’assurer que tout le monde est bien disposé, on prévient un peu d’avance que le repas sera prêt sous peu.
  • Établir un horaire régulier de repas et de collations
    Il est rassurant pour un enfant de savoir que les repas viendront à heures régulières, qu’il n’aura pas faim et qu’il ne manquera pas de nourriture. Ainsi rassuré, il n’hésite pas à écouter ses signaux de faim et de satiété, évitant donc les excès.
  • Utiliser les aliments pour nourrir, et non pas pour d’autres raisons
    Les aliments nourrissent et procurent du plaisir. Ils ne devraient ni servir à faire du chantage, ni à punir ou à récompenser. On évitera les : « Mange ton brocoli, si tu veux du dessert ». Y a-t-il pire stratégie pour rendre le brocoli encore moins attrayant et le dessert, d’autant plus attirant?
  • Offrir et inviter à goûter, sans forcer
    Le rapport de force crée des tensions et amène l’enfant à se braquer. Ainsi prédisposé, l’enfant a peu de chance d’aimer le nouvel aliment. On l’invite à goûter, sans plus, et on laisse le temps et les expositions répétées faire leur œuvre.
  • Donner le goût et l’exemple
    L’enfant apprend par imitation. En voyant les plus vieux prendre plaisir à savourer des aliments sains, fort à parier qu’il aura envie d’y goûter et probablement de les aimer lui aussi.
  • Servir un nouvel aliment avec d’autres connus
    Sachant qu’il peut se rabattre sur des aliments connus et appréciés au besoin, l’enfant sera davantage en confiance et prédisposé à goûter un nouvel aliment ou un aliment qu’il apprécie moins.
  • Varier la présentation, mais ne pas camoufler
    En purée, crue, en salade, seul ou combiné, on peut offrir un aliment impopulaire sous différentes formes d’une fois à l’autre. Il n’est toutefois pas recommandé d’essayer de le camoufler. S’il découvre le subterfuge, l’enfant risque de se méfier aux repas suivants. S’il ne le découvre pas, il ne développera pas consciemment ses préférences alimentaires.
  • Ne pas offrir un menu spécial
    Offrir un menu spécial à l’enfant qui n’aime pas ou qui ne veut pas goûter ne lui rend pas service. On encourage son comportement et on ne l’incite pas à se lancer.
  • Impliquer les enfants dans les tâches entourant le repas
    Des achats à la vaisselle en passant par la préparation et même l’entretien du potager, impliquer les enfants permet de passer du temps ensemble tout en les familiarisant à une foule de tâches qu’ils devront,  un jour, être en mesure de faire eux-mêmes. Sans compter qu’un enfant impliqué dans la préparation des aliments sera d’autant plus enthousiaste lorsque sera venu le temps de goûter. À ce propos, soulignons que les consommateurs se tournent de plus en plus vers du prêt-à-manger1,3. Non transmises aux enfants, les compétences culinaires se perdent.

Bien que ces conseils demeurent pertinents dans leur essence, ils concernent surtout les enfants. À l’adolescence, les parents restent maîtres à bord en décidant de l’horaire et du menu. Mais ils gagnent bien sûr à donner davantage de tâches à leurs adolescents de façon à les responsabiliser.

Goûter : chacun son rythme
Développer la palette de goût peut se faire rondement et tout naturellement pour certains enfants, alors que pour d’autres, il faut s’armer de patience. L’humain apprécie naturellement les goûts sucré et salé, alors que l’amer et l’acide demandent à être apprivoisés19. Dans certains cas, jusqu’à quinze essais peuvent être nécessaires avant qu’un enfant « accepte » un nouvel aliment12,18.
Messages à communiquer à la population

À la lumière du contenu présenté dans cette fiche, nous vous suggérons les trois messages suivants à communiquer aux parents :

  • Mangez toute la famille ensemble à table aussi souvent que possible et faites du repas familial un moment privilégié et agréable.
  • Servez des aliments bons et nutritifs et faites confiance aux enfants pour le reste : laissez-les manger selon leurs besoins et découvrir les nouveaux aliments à leur rythme.
  • Utilisez les aliments pour ce à quoi ils servent : nourrir, et non pas comme objet de récompense, de punition ou de chantage.

Références

  1. Stan S. Comportements alimentaires. Dans Enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois, Volet nutrition, chapitre 6. Institut de la statistique; 2004. p. 119.
  2. Bédard B, Dubois L, Girard M. Habitudes, comportements et contextes alimentaires. Dans Enquête de nutrition auprès des enfants québécois de 4 ans, chapitre 6. Institut de la statistique du Québec; 2005.
  3. Latreille M, Ouellette F-R. Le repas familial. Recension d'écrits.  Institut national de la recherche scientifique; décembre 2008.
  4. Marquis M, Filion YP, Dagenais F. Does eating while watching television influence children's food-related behaviours? Revue canadienne de la pratique et de la recherche en diététique 2005;66(1):12-8.
  5. Satter E. Everybody Does Better with Family Meals. www EllynSatter com 2010.
  6. Burgess-Champoux TL, Larson N, Neumark-Sztainer D, Hannan PJ, Story M. Are Family Meal Patterns Associated with Overall Diet Quality during the Transition from Early ot Middle Adolescence? Journal of Nutrition Education and Behavior 2009;41(2):79-86.
  7. Neumark-Sztainer D, Larson NI, Fulkerson JA, Eisenberg ME, Story M. Family meals and adolescents: what have we learned from Project EAT (Eating Among Teens)? Public Health Nutrition février 2010 10;13(7):1113-21.
  8. Au menu - L'avenir des repas en famille, lors du Symposium 2009, Autour de l'assiette : nouvelles perspectives sur les aliments et la nutrition,  Waisman MS, (2009).
  9. Videon TM, Manning CK. Influences on Adolescent Eating Patterns: The Importance of Family Meals. Journal of Adolescent Health 2003;32(5):365-73.
  10. Anderson SE, Whitaker RC. Household Routines and Obesity in US Preschool-Aged Children. Pediatrics 2010 Mar;125(3):420-8.
  11. Fiese BH, Foley KP, Spagnola M. Routine and ritual elements in family mealtimes: Contexts for child well-being and family identity. New Directions for Child and Adolescent Development 2006;2006(111):67-89.
  12. Breton M, Émond I. À table en famille. Recette et stratégies pour relever le défi. Éditions Flammarion Québec; 2006.
  13. Neumark-Sztainer D. Eating among teens: do family mealtimes make difference for adolescents' nutrition? New Directions for Child and Adolescent Development 2006;2006(111):91-105.
  14. Snow CE, Beals DE. Mealtime talk that supports literacy development. New Directions for Child and Adolescent Development 2006;2006(111):51-66.
  15. Weinstein M. Chapitre 4 - Who, What, Where. Dans The Surprising Power of Family Meals: How Eating Together Makes Us Smarter, Stronger, Healthier, and Happier. 2005.
  16. Satter, E. Ellyn Satter's Division of Responsibility of Feeding. Ellyn Satter associates 2007.
  17. Côté S. Un enfant sain dans un corps sain. Les Éditions de l'Homme ed. Montréal: 2008.
  18. Satter E. Your Child's Weight: Helping Without Harming.  2005.  Kelcy Press.
  19. Birch LL. Development of food preferences. Annual Review of Nutrition 1999;19:41-62.

 

Collaborateurs experts consultés

Marie Breton, diététiste-conseil et auteure

Marie-Josée Leblanc, nutritionniste
Extenso, Centre de référence en nutrition humaine de l’Université de Montréal

Marie-Pier Parent, nutritionniste
Service de la promotion des saines habitudes de vie - Plan d'action gouvernemental de promotion des saines habitudes de vie et de prévention des problèmes reliés au poids 2006-2012, Investir pour l'avenir
Ministère de la Santé et des Services sociaux


Par Geneviève Beauregard et Geneviève Vouligny-Schnée

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